Une bataille pour un joyau, ou plutôt pour la rénovation de l'Hôtel Lambert. Mais qu'a-t-il de si inestimable pour engendrer lettres et cachets : la guerre médiatique ? Une histoire. Avant de devenir en 2007 la propriété de l'émir du Qatar, l'hôtel Lambert appartient au baron Guy de Rothschild. Surtout, l'hôtel particulier à la proue de l'île Saint-Louis, classé monument historique, dessiné par Le Vau et décoré par Le Brun, est le seul hôtel particulier de la fin du règne de Louis XIII à nous être parvenu quasiment intact, or la famille du prince du Qatar envisagerait des travaux d'ampleur, quasiment une reconstruction. Les ascenseurs, la climatisation, la salle de bains pour chaque chambre, les menuiseries neuves, la création d'un parking, etc., pour une résidence de grand luxe aboutiraient pour la commission du Vieux Paris au "sacrifice des distributions anciennes et de certains dispositifs architecturaux originels", alors que le ministère étudie jusqu'à présent favorablement le projet, jugeant que "l'essentiel du caractère patrimonial de l'Hôtel Lambert est préservé".
En cet période de vœux, et en écho au "vœu assez véhément qui s''oppose au projet de rénovation" de la commission du Vieux Paris dont il "partage l'indignation", Bertrand Delanoë, protestant contre "l'ampleur et la radicalité des interventions prévues", a écrit mardi 23 décembre à la ministre de la Culture et souhaité que le projet de rénovation de l'hôtel Lambert puisse "être reconsidéré en prenant le temps d'un examen approfondi, et en mettant en place les conditions d'une instruction indépendante". Riposte de la ministre, pour qui "l'Etat a pris toutes ses responsabilités pour surveiller les conditions de restauration", et pour qui la lettre de Bertrand Delanoë n'est pas sans arrières-pensées politiques. Réplique du maire de Paris : pas d'arrière-pensée, mais des "règles d'urbanisme applicables à ce site [qui] ne sont pas respectées, le ministère de la Culture chargé de se prononcer sur la protection de ce patrimoine [ayant] choisi une procédure d'instruction dérogatoire puisque la commission supérieure des monuments historiques, compétente sur tous les édifices classés, n'a pas été consultée à ce stade".
Trêve des confiseurs ? Noël est passé, mais la polémique reste aussi fracassante que le projet de rénovation de l'Hôtel Lambert pour "un minimum de confort" : samedi 27 décembre, la lettre de la ministre de la Culture adressée au maire de Paris est rendue publique. Quel est son contenu ? Le dossier de la rénovation de l'Hôtel Lambert fait l'objet d'une instruction parfaitement indépendante, ayant pour seul objectif l'intérêt du patrimoine. Les accusations de légèreté ? Réfutées : un comité scientifique indépendant a été mis en place et les services centraux du ministère, auxquels le dossier a été confié, permettent de bénéficier du délai d'un an, propice aux consultations utiles. Enfin, une fois la première phase de l'instruction terminée, la ministre qui affirme que la nature des nouveaux propriétaires n'entre pas en ligne de compte dans la gestion du dossier compte bien saisir la commission nationale des monuments historiques.
Prévision pour 2009 ? La restauration du bijou parisien restera sûrement controversée.